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Fête de la Sainte Famille
Eglise paroissiale de la Sainte Famille, 30 décembre 2012
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1. La première lecture nous donne un grand enseignement, d’une dramatique actualité. Elle commence avec la constatation d’un fait banal: «Anne fut enceinte et mit au monde un fils qu’elle appela Samuel».

Mais cette femme en donne une interprétation plus profonde: «je l’ai imploré du Seigneur». L’existence de cet enfant ne s’explique pas en définitive par un concours de lois biologiques mais par une décision gratuite du Seigneur: c’est un don fait par le Seigneur à une femme qui le lui demandait comme une grâce.

Anna déduit de tout ceci que: «le Seigneur m’a accordé la grâce que je lui ai demandée. Pour cela à mon tour en échange, je le cède au Seigneur: tous les jours de sa vie, il est cédé au Seigneur».

Cet enfant, sa personne ne peut pas être simplement considérée comme le fruit du sein de sa mère, une sorte de propriété exclusive. Elle le cède pour toujours au Seigneur. Cette page étonnante possède une profonde analogie avec le récit évangélique.

La pointe du récit est constitué par le dialogue entre Jésus, âgé de douze ans, perdu et retrouvé dans le Temple, avec Marie sa Mère.

Arrêtons-nous sur la réponse de Jésus: «pourquoi me cherchiez-vous? Vous ne savez pas que je dois être aux affaires de mon Père?». Jésus, en premier lieu s’étonne d’un fait que comme Joseph et Marie, nous aussi trouvons normal: si l’on perd son fils, nous ne pouvons faire autrement que de le chercher, avec beaucoup d’angoisse. Quelle est la raison de l’étonnement de Jésus? C’est ici que nous touchons cœur de cet évangile.

Jésus se trouve là où il doit être. Il ne peut pas ne pas y être: «aux affaires de son Père». Il révèle qui est son vrai Père. Ce n’est pas Joseph. C’est un Autre : Dieu lui-même. «Je Lui appartiens». C’est comme si Jésus disait: «je ne peux me trouver, comme Fils, que dans la maison de mon Père». Et Jésus utilise un verbe très fort: «je dois». Dans les Evangiles, ce terme est utilisé pour parler d’une disposition du Père envers le Fils à laquelle Il obéit. Jésus révèle donc une appartenance bien plus forte que celle qui le lie à Marie, et évidemment à Joseph.

2. Je vous disais que l’enseignement sur lequel convergent la première lecture et l’évangile de ce jour est d’une dramatique actualité. Pour de nombreuses raisons sur lesquelles je ne peux pas m’étendre trop longtemps maintenant, mais que je dois au moins signaler.

Beaucoup désormais sont convaincus qu’un enfant ne peut plus simplement être «attendu», mais il doit être «voulu». Il y a certainement derrière ce changement de perspective une attitude que l’Eglise recommande aussi quand elle parle de procréation responsable. Mais normalement, aujourd’hui, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. C’est que le rapport du parent avec l’enfant «voulu» est profondément différent de celui avec l’enfant «tel qu’il vient». [je tire ce vocabulaire assez bien trouvé de A. Polito, Contro i papà, Rizzoli, Milano 2012]

La différence réside dans le fait que l’enfant «voulu» risque d’être considéré non pas comme quelqu’un, mais comme quelque-chose dont j’ai désormais besoin pour mon équilibre psychologique. Le glissement ensuite vers la vision subséquente de l’enfant comme « propriété » est dans cette logique un risque assez réel. Exactement le contraire de ce que nous dit aujourd’hui la Parole de Dieu.

La conséquence la plus grave de ce profond changement culturel dans le rapport parents-enfant est que le couple s’arroge l’autorité de juger du droit d’exister ou non de l’enfant conçu mais non voulu. Ainsi est légitimée aussi la suppression de celui-ci, sur la base de l’idéologie «pour le choix» [pro-choice].

Mais dans le même temps – et il ne s’agit que d’une contradiction apparente avec ce que je viens de dire – si le rapport juste c’est seulement avec l’enfant «voulu» ; si celui-ci devient quelque-chose de nécessaire pour son propre bonheur, on en vient logiquement à légitimer toute technique qui pourra produire l’enfant voulu. Et le produit est à la disposition du producteur.

Chers frères et sœurs, je désire conclure en attirant votre attention sur une particularité du récit évangélique. Parlant de Marie et de Joseph, l’évangéliste dit: «ils ne comprirent pas ce qu’il leur avait dit» et sur Marie, il ajoute: «sa mère gardait toutes ces paroles dans son cœur».

Vous pouvez apprécier le chemin de foi de Marie. Elle n’est pas encore capable de pénétrer le sens des paroles de Jésus ; mais ce n’est pas pour cela qu’elle les rejette. Au contraire, elle les garde dans son cœur, les médite jusqu’à en être pleinement illuminée.

Dans une culture où l’origine d’une nouvelle personne n’est plus comprise en son sens le plus profond, non un don de Dieu mais le fruit aléatoire de lois biologiques toujours plus soumises à la domination technique de l’homme, gardez dans votre cœur la Parole que vous recevez aujourd’hui, et ainsi vous serez de vrais témoins de la vérité de l’homme.

Traduction Caroline Colin